Vendredi 15 septembre 2006
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Il y a plus de trois ans, sur une idée de Juliette, j’entreprenais l’adaptation cinématographique de La Sonate des Spectres dans la maison de retraite de Lucien Pascal. La vie même du tournage allait être le fil conducteur du film pour correspondre avec l’œuvre d’August Strindberg.
Lucien me dit un jour avec le sourire : « Dépêche-toi, mon grand ! »
Nous fîmes le contraire. Ce film ne fut à aucun moment une course contre la montre. Les tournages ne duraient jamais plus de deux heures, et pouvaient être espacés les uns des autres de deux, trois jours voire une semaine, deux semaines…des mois mêmes, et pas nécessairement à cause de la fatigue de Lucien, non, il y avait aussi le temps de la réflexion, de la rédaction du scénario, des démarches auprès des maisons de productions.
Le temps aussi de nos conversations dans la chambre de Lucien avec Gisèle. Leurs encouragements. Leurs conseils. Nos rires. Le sentiment de vivre des moments privilégiés.
Lucien nous a quitté cet été. Il avait eu cent ans au mois d’avril.
Des séquences tournées il put en voir quelques unes que j’avais montées sur dvd. Il était heureux de se revoir, mais plus encore, c’était l’instant présent du tournage qui comptait, et pas tant le résultat. Il fallait le voir se concentrer avant les prises, et se fâcher si, autour de lui, il y avait trop de dissipations.
L’existence du film tient en grande partie à sa forte présence à l’image mais aussi à sa foi en cette folle aventure dans laquelle nous nous étions lancés. Tel un enfant qui joue, il était capable de faire abstraction de l’environnement de la maison de retraite pour se glisser dans le monde des rêves dessiné par Strindberg. C’était le métier d’acteur qui l’habitait.
Je revois Lucien et Gisèle jouer le Directeur Hummel et la Momie…Les deux anciens amants se remémorent leur passé près d’un extincteur rouge accroché dans un couloir de la Providence.
…Parce que nos crimes et nos secrets nous lient.
Tant et tant de fois nous avons rompu, nous nous sommes séparés,
mais toujours pour être à nouveau attirés les uns vers les autres…
Grâce à Lucien, grâce à Gisèle, la frontière entre le documentaire et la fiction s’est brouillée. Tous les acteurs qui nous ont rejoint par la suite ont eu à cœur de fouler ce nouveau territoire de jeu. Leur implication, leur professionnalisme, leur passion ont légitimé des tournages aux moyens rudimentaires.
Le film, en cours de montage, est en train de naître. Je voudrais leur dire à tous ma reconnaissance.
Ivan
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